V

LES

ŒVVRES

D'HORACE

- _ y

LATIH ET FfUWCOlS,

CONTENANT

LES ODES ET LES EPODES.

De Verfon de M. b E M A R O LL E s Jihbé de Villeloin.

A PARIS,

Chez Tovssainct Qvinet au Palais, en la

Galleric des Merciers , fous la montée de la

Cour des Aydes.

M. D C. LU. AVEC PRIVIL&GE. VV ROY,

II

m %

SON ALTESSE ROYALE

MONSEIGNEVR

1EDVC

D'ORLEANS

0NSE1GNEVR

Apres auoir publié quelques. oum 'âges fous les augures noms

a iij

E P I S T R E. du Roy & de la Reyne-, les obli- gations qu'a toute la France de rendre àvoflre Alteffe Royale les tres-humbles reffecs qui luy font deubs , & qui engagent chaque particulier de luy donner de tout fin pouuoir des marques de fa re- connoijfance & de fin rejfenti- ment, pour les biens quelle s'effor- ce continuellement de procurer à l'Eflat i m'ont fait prendre la bar» dieffe de luy prefenter l%rvnique Ad ufe lyrique des Latins qui com- mença de paroiftre en Italie y il y a prés de dixfêpt cent ans. Elle eft tyeftuè à la vérité d'vne m&de nouuelle , & quoy que ce ne foit pas auec tous les ornemens de fa iemejjè (car ils eftoientjî magni- fiques & fi pompeux qu'il ny en

E F I S T R E. s point eu depuis qui les ait pu égaller) fi efc*ce que c'efi d'vne façon proportionnée a fa taille & à l'air de fon vifage. De forte que fi elle peut promettre de ne~ fire point méconnue de vojire Al- tejfe Royale qui aime toutes les belles chofes , & qui connoift parfaitement en toutes celles qui nous viennent de £ Antiquité , te ne defefpere pas quelle n'en /oit fupportée , & qu'elle ne trouue dans le public vn fauorable ac- cueil', fous la protection devoflre grand nom. Certes , MO N- S E IGNE V R , te meftime- rois bien glorieux, fi par mes foins, iauois pu faire quelque chofè qui ne déplu fb pas à vofire Altejfe Royale x a quoy toutes les me^

a iiij

E P I S T K E.

uciilcuft's qualités de fbn efj>rity & de fa perfonne m'ont forte- ment follicité , quand la gloire de fa haute naiffance , & tous les allant âge s d'vn beau naturel x joints à <vne genereufe bonté, (5 à vne douceur fans exemple qui gagnent les cœurs de tout le mon- de , ne ni en aur oient pas fait conceuoir le deffein. Jiu re/te, MO NSEIGNEFR , nous regardons auec^ admiration <vo- fire prudence parmi les plus grands troubles des affaires : fi nous re- payons la vue fur ïhiftoire de 'vos trauerfes , & de vos actions guerrières. , nous en fommes émer- ueillez>: nous ne aurions douter de la fermeté de voflre courage, & de la fincerité de vofire foy :

E P I S T R E. La Renommée nous apprend que ryoftre confiance efi inébranlable, & qu'il n'y a point de maifonpar* ticuliere fur la terre , ou l'abord foit fi facile que dans vofire grand Tœlaù. Il n'y en a pas vne auff- fi, la Concorde & ÏVnion con- iugale fleurirent dauantage que dans <voftre famille Royale, à la- quelle il femble que le Ciel pro- mette autant de Royaumes qu'il y a de te fie s couronnées qui la compofent. M. a is ce ri 'efi pas dié% âmes vulgaires a pénétrer dans les fecrets des Dieux : il fuffit d'en auoir entreueu des rayons , & d'auouer que tout ïefclai qui/vous enuironne , arrefie dans le reffec nos paroles & nos pensées , tf fait tomber la plume de la main

EPISTRE À celuy qui a regret de ne fou- rnir dire qu'en des termes com- muns qu'il efly

MONSEIGNEVR,

De voftre Ahejfe Royale.

Le tres-hurable & tres-obeiflànt feiuiteut, Michel de Marolles Abbé de VUleloin.

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PREFACE.

Ncore qu'il y ait vnc grande quantité de Liures que les plus nombreufes Biblioteques,n en contiens nent pas la moitié de ceux quiontefté imprimez depuis deux cent ans; fi eft-ce qu'à proportion que les lettres font chéries , la foule en augmen- te deioureniour. Et comme le public les reçoit encore affez fauorablemcnt, plufieurs qui prétendent à la gloire de bien efcrire5nefela(lent point suffi d'en compofer , fe perfuadans que fi leurs ou- tirages ne font pas fi bien receus d'a- bord, la pofterité leur fera iuftice. Mais en connoififons nous beaucoup dans tous les ficelés >

Qui nayent f<u eprouué l'Empire de U mort , Pour parler aux termes du Poète? com- bien yen a- t~il quiayentpafleles mon- tagnes &: les mers ? ou qui foient venus

P R E V A C E.

iufquesànous? Contcroit-on beaucoup de Virgiles & cTHoraccs, depuis l'heu- rcttx regne d'Augufte ! le (çay bien que quelqu'vn me dira ce quvn autre bel . cfprit dit autresfois à ce dernier.

Sint Mdcccnates j, entnt tibi> flaccç M&- rones: Mais pour ne fe point flatter , quoy qu'on puifle mettre en ce nombre quelques-vns des Noftres que i'eftime infiniment , &: qui fans doute , efcriuent pour Feternitc 5 il faut ncantmoins auoiier , qu'il y en a toufiours eu fort peu.

Au refte la Fortune des liures etica- pricieufe } &: nous en pourrions nom- mer quelques-vns qui ont eu moins de yie que leurs Autheurs^quoy qu'ils ae fufTent pas déniiez des grâces de l'élo- quence 5 auec beaucoup de fçauoir en des fujets importans. Mais enfin nous en fommes venus en vn temps y parmi force perfonnes de mérite , qui font di- gnes de l'eftime de tous les fiecles; il femble qu'on ait perdu le gouft de la belle poëfie,pour en écouter vne infâ- me qui ne deuroit charmer que les âmes vulgaires : & les grands vers font fi peu

P R fe F A C E.

tonfiderez, qu'à peine trouue c-on au- jourd'huydes perfonnes qui leslifenr.

De faueur de Grands pour les geng de lettres > encore qu'il y aille de leur glbi- ïCy on s'en aperçoit rarement : & i'eit ay mermes connu quelques -vns de beaucoup de mérite qui font morts dans la dernière necelTité. le ne voypasaufïi qu'on eftime dauantage vn fçauant hom- me que le plus ignorant de fon ficelé, s'il n'a plus de richefTes,ouplus de cré- dit à la Cour. Ce qui eft tellement vray^ que pour fe conferuer en quelque répu- tation dans les Prouinces, il fefaut bien eimpefcher d'y paroiftre plus adonné à leftude, ou plus éclairé que les autres hommes: car fi onne le fait pafler pour auoir l'cfprit vn peu troublé, on penfe- ra luy faire beaucoup de grâce de le fbuffrir fans le perfecuter : du moins enay je connu qui ont porté cefauora- ble jugement de leur pays. De forte que fi Paris toutes les belles chofes du monde fe rencontrent , ne droit de fa grande multitude, des perfonnes éprou- uées qui compofent tant d'illuftres Académies pour toute forte de feien- ces, & de profeflions, iepe>n»fe qu'il fau-

Préfacé» «Jroit appréhender le retour do la barba- rie des Goths > & des Vandales.

Ilcft donc vray que la feule efperan- ce d'aquerir vn peu de gloire , multiplie le nombre des liures: mais elle faitref- fcmbler ceux qui les font,à ces chiens de ehafle qui pourfuiuent auec beaucoup d'ardeur , vne proy c fugitiue fans y pou- uoirataindre, &:de fait bien fouuent ils n'attrapent que du vent : car cette gloi- re où ils afpirent, qu'eft elle autre cho- fe qu'vn peu de vapeur mufquée 3 com- me tout le bien de la chafle n'eft au plus à ces pauures animaux qu vne légère fu- mée des entrailles &: du fang de la befte qu'il <? ont prife de force?

Ilfautauouerrieantmoins que ce peu de gloire a des charmes puiflans, puis qu'elle engage tant d'honneftes gens à fa recherche : mais s'il eft fi malaifé d'en approcher par les belles routes ; com- ment y pourroit-on prétendre par des fentiers dificiles& peu battus? fi pour y eftre guidé par toute la compagnie des Mufes, on n'y arriue que fort malaife- ment; feroit-ilpofliblc qu'il y euft lieu d'y afpirer fous la conduitte des moin- dres feiences ? le fçay le peu d'eftime

Préface, qu'on fait d ordinaire des verfions quel- quesbonnes qu' elles puiflent eftre:com- me pour les grands ouurages , il n'y falloir pas plus d'art > que pour traduire vne page ou deux de l'hiftoirc de Guil- laume de Nangis, ou du Moine de faint Gai. Les élégantes 6c les fimples tradu- ctions, font à peu près mifesen pareil- le considération : on confond celles qui font exactes auecles négligées :■& ceux qui font capables d'en bien iuger par la connoifTance qu'ils ont de l'vnè & de l'autre langue , ne les regardent prefque iamais,» ou bien ils ne s'en vantent pas^ ôc fur tout , quand ils en ont profité, de- peur d'ôter quelque chofe à la réputa- tion de leur fçauoir . De forte que rare- ment , ils en parent-leurs bibliothèques., Se on diroit qu'ils auroient peur de fe faire grand tort s'ils auouoient , qu ils en ont quelquesfois befoin .

le nefçay fi dans l'ouuragc que ie pre- fente au Public, qui eft de cette qualité^ i'auray fait quelque chofe qui ne deplai- fe pas : ou fi i'auray reiifli dans le def- fein que i'ay eu d'expliquer nette- ment vn Autheur dificile pour ceux qui ne font pas encore accoutumez à fon fti-

Préface.

le qui a beaucoup de phrafes Grecques, &: qui s'exprime en diuers endroits, &c fur tout dans les difeours , aucc vue ma- nière de parler obfcurc: Mais ic puis bien dire que ry ay pris de la peine: par- ce que i'ay elTay é d'en conferuer la grâce par vne exprelîion p tire & fidelle, en de- meurant neantmoins dans les termes dVne exa&e ver (ion.

Vn plus habile home que moy , en fe- ra peuteftre quelque iourvnc autre en vers, qui fera beaucoup plus admirée: mais îe fuis bien trompé fi auec l'elcgan- ce, elle peut garder autant de fidélité^ & fi elle ne perdra rien des beaux tours, & des penfées de cet excellent Au- theur. Pour moy ,fans m'enchanter de mon propre ouurage,car il ne m'appar- tient pas d'en parler, i'auouë franche- ment que i'aimerois toufiours mieux: vne belle tradu&ion en profe de quel- que Poète que ce fuft , pourueu qu'elle fuft exa&e , qu'vne merueilleufe para- phrafe en vers : & i'oferay bien dire que dans les beaux ouurages en noftre lan- gue , fi les pièces font vn peu longues , il fe trouucTouuent quelque chofe de plus ennuyeux dans la ledure quand

elles

Préfacé; Viles font en vers , que fi elles eftoïent on profe. Ce que i attribue en partie à cet- te mefurc & à ces rymes trop réglées de tioftrepoefie,& à vn certain défaut variété pour les termmaifons , & pour la cadaiice des périodes \ au lieu que dans la profe \ elle eft prefque irifinie, loint que l'expérience fait connoiilrc cette vérité. De forte qu on pourroit di- te de la poëfie Françoifece que nous apperceuons de la Mufîque ., qûela plus longue , n eft pas toufiouirs lameilleurc: car fi du plus bel air du monde |ôîi reci« toit plus de quatre couplets j ife penfe qu'il deuiendroit importun ; comme il s'eft rcmatqué fouueht dans ces dahecs magnifiques pour le diuçrtilTement des Roys , les fpeûacles âccoïîipagnent les concerts des voix& desinftrumensl Que fi en traduifant dès vers en profe, on peut neantmeins conferuer le carra- ûere de poëfie, fans en garder tout à fait le ftile ^ foit pour les rimes; foit pour rajancemerit de termes s il y auri fans doute quelque chofe digne plai- re y & de fe faire aimer : ÔC deùant des luges équitables , ie croy que Tauthori* de leurs fuffrages appuyrôit forte-

ë

Préface. ment Toppinion que l'en ay.

Ce n'eft donc point déinonterfîfort vn Poète comme on dit , quand on lcx~ priinc agréablement fans la contrainte forcée d'vne mefure étrangère : mais c'eft au contraire le çonferuer tout en- tier^ le faire paroiftre auec toutesfes forces fans luy rien oftet , &; fur tout en noftre langue qui femble auoir pour ce- la des beautez toutes particulières , pour les raifons que i'ay dittes autrepart. Ceux qui imitent, en peuuentvfer auec plus de liberté: mais quelle gloire y a- t-il fi grande d'imiter y quoy que tant de perfonnes s'en méfient ? Si noftre Poëte en efl crû les Imitateurs font des animaux fèruilesj &: le nombre en cft prefque infi- ni. Cependant les Traductions bien fai- tes 5 ne font ny copies 5 ny imitations: mais on peut dire en quelque façon quelles font les purs originaux, &quel- quesfois des corrections iudicieufeSj aux fautes des Autheurs que tout le monde n'apperçoit pas , lefquelles ne fe font auflî qu'en faueur de ceux qui n'en- tendent pas la langue dont elles ont eft é tirées.

UAutheurque i'ay traduit , eft Tvn

P F. E F A C E.

des plus excellens que l'on pouuoit choifir dans toute l'antiquité profane. Il a donné fnjet à tous ces beaux cmblef- mcs qui portent lôn nom: &c depuispeu^ vn perfonnage de beaucoup de mérite &: d'érudition, en a drelTé vne dodtri- ne pour les mœurs, enrichie de figures^ qu il a dédiée au Roy. Auili peut-oit direauec beaucoup de vérité qu'Hora- ce a efté le plus fage & le plus fenten- tieux de tous les Poètes Latins* Mece- nas Chedalier Romain, à qui la cour- toifie , & p oliteffe auoieilt acquis tant de réputation, Marcus Agrippa autant célèbre pour fon ilierite que pour fa condition , & l'incomparable & très- heureux Cefar Augufte , l'eurent en très-grande ellime^ &: l'aimèrent chère- ment, à caufe delà douceur de façon- iierfation, §£ des rares qualitez de fon es- prit. Ileftlefeul des Poètes lyriquesde la langue Latine , il paroifi tres-accom- pli en tout ce quil a eferit , s'eftant d'ail- leurs fait admirer pour fes difeours oii fermons, que d'autres appellent Satyres 9 qu'ila remplis d' vne agréable diùerfité,; Aucun des anciens ,fiie ne me trompe, n'a lotie auec tant d'ornement qu'il &

ë ij

ï> R E F A C E.

fait , la iuftice , la fidélité , la continen- ce , la frugalité > la modcftie , la patience dans la pauureté , ôc le mépris de toutes les chofes humaines. Perfonnen'a blaf- aucc plus de force, l'iniuftice, la per- fidie jlauariccj le luxe, &: toute forte de partions déréglées: Il ne s'en eft point trouué quiait excité à la vertu auec plus de véhémence j ny qui ait détourné du vice auec plus de grauité. le n'enfçay aucun qui aitdeploré auec plus de corn- miferationla calamité des guerres Ciui- lcs > ny qui ai t parlé de l'amour auec plus de dclicatefTe, ny dépeint plus agréable- ment les réjouy (Tances des feftins. Que fi vn Poète fe peut dire accompli en tou- tes fes parties , quand il méfie 1 vtile à l'a- greablc ; Certainement Horace de tous les Poètes Grecs &: Latins, fi on excepte vn feul Homère , doit eftre préféré à tous les autres , la douceur & l'vtilité fe difputent fi licurcufement, &: auec tant dégalité la gloire de la préférence, que fi l'vne fc fepare de l'autre, chacune confideréeà part, eft capable darreftef trcs-agreablement fon Le&eur.

&xtm£i du Vnuilegt du Roy.

PAr graçe & Priuilege du Roy , donné 1 P*^ ris le 3. iour de Septembre 1651. Signé , Par le Roy en fon Confeil O L I E R > Il eft per- jnis a Touflainâ: Qmnet, Marchand Libraire à Paris , d'imprimer , vendre diftribuer Les Oeuures d'Horace > ÔC ce pendant le temps de dix années 3 à compter du iour que chaque Lu lire fera açheué d'imprimer pour la première fois :Et defenfesfont faites à tous Imprimeurs, Libraires Se autres de l'imprimer, vendre & dir ftribuer fans le confemement dudit Quinety fur peine aux çontreuenans de confifcation des Exemplaires , de trois mil tiares d'amende , & 4e tous defpens dommages & interefts * ainiî qu'il eft plus w long porté par Icjfàitesl^ra'çs.

Achetée d'imprimer four la première f te li. Mars 1 6 5 %.

Les Exemplaires ont efté fournis*.

CÔVnJ^ranchiJbrt'it le nompareilTixpracL

LyiZ^enufejl naquit , jl vint au a 'ma Cefar,

Sil obtit de mécène et Ikriime et la ci race.

Son mérite enfutcaufe et nonpaslehaja

LA VIE

DHORACE

TIRE'E DE SES OVVRAGES.

E Poète Horace , donti'entre- Lf *&» prcns d'écrire la vie , s'appelle luy- d *&&&• mefme Qv i n t v s en la 6. Saty- re du fécond liurc de Tes difcours. Touchant h bien cpmmuny Q^v intvs, les

Secrétaires^ Demandent ton retour four les grandes af- faires. Tous les autres, l'appellent Horace : &luy- mefme en paroles exprefïes fe nomme de la forte fur la lin de l'Ode 6. du 4. liure des vers. fay du Poète Horace apris des vers par coeur. Plutarque dans la vie de Luçuile, luy donne le furnom de Flaccvs, & luy-mefme fe defignede la forte dans l'Epode^.

SU y a quelque force en Came de Flaccvs* Et dans la 1. Satyre du fécond liure.

Flaccvs ne dira rien fans fuiet a Ce far. Venufe qui eftoit vue Colonie confiderable Sa patrie.

c iiij

La vie d'.Ho race. des Romains du cofté de la Ppiïillç, eft>oit fk patrie, de laquelle il eu fl eu grand fujec def- crirc les louanges , s'il euft voulu faire vne des- cription de la féconde guerre Punique : caries Venuûens tefmoigncfenc lçur fidélité enuç'fs- les Romains d vne façon tres-obligeante,quad, ils rècuéillireat les teliques du débris de la iournée de Cannes qui furent fauuées (bus la canduitte de Varrorï , felpn le te^oignag^ *ïeTite-Liue au 17. Mure de fon hiitoire,où Ù dit que la Colonie de Venufe demeura toufionrs fidelte & affeOionné'e au peuple Romain: Et Ho- race en parle de telle forte dans la 1. Satyre du fécond Hure des difcôurS, qu'il fait à$ezçôri- noiftre, que ny fa 'patrie 3 n'a point befoinde fon eftime, ny luy aufll, ne fe trouue point obligé de tirer fa gloire k réputation de Ve- ïïuCc. ïesparens. Il naquit dVn père Afrançhi, auec peu de bien, & de fort bàfTc conditibn. Surquoy il fera bon de lire la quatriefme & la fixiefme Sa- tyre du premier liure de ûs difeours , pour voir de quel pere, chacun doit fouhaiter d'e- ftreforti. Sa vie qu'on a vûmanufcritefur vh vieux parchemin , raporte que fon père eftoit Saulnier : mais il y auroit fujet d'en douter, puifque luy-mefme n'en dit rien , comme il n'y arpas'd'aparence qiril 1-euft voulu pluiloftdif- iimuler que tout le rèfte. le temps \\ eft certain qu'il naquit deux ans auant la

r f****fm coniuration de OatitynaJ que Çiceron décou- ' ' urit,'én l'année de (bnConfulat qui fut Lan 609.

ck k fondation de Rome : c'eftà dire qu Ho-

X. A VIE d'HoRACÏ.

race vînt au monde fan * 688. de la fondation* 6j. ans de cette ville fous le Confulatde Lucius Aure- au^r la fius Cotta,& de Manlius Torquatus, ce que ^icfos- luy-mefme ne tefmoigne pas pour vne feule chrift. fois, comme lors qu'il dit en l'Ode n. du j. liure, que fa Tonne naquit aucc luy fous le Confukt de Manlius Torquatus : & dans l'E- p'Qde-13. il appelle Torquatus fin Confal* d'où l'on compte 49. années iufques au, Confulat de Quintus Lepidus & de Marcus LolHus qui eft iujftement le temps que luy- mefme a remarque en la dernière Epiftre du t. liure. Alors eftoient célèbres à Rome pour la po'ëfie, Ca>- tule , Licinius & Cinna : pour l'éloquence, Ciceron, Horteh{îus& Quintus Catulus : & pour la Philofpphie Varron , & Nigidius Fi- gulus.

Eftant ieune enfant , il fut amené à Rome Sentnf**- par fon pçre ., pour y eftre inftruit aux Icien- ". ces libérales, fon père fourniflant à la dépence auec beaucoup de foin , comme Horace meûne le raconte amplement dans la 6. Satyre du 1. liure, & dans la féconde Epiftre du 1. liure, il nous apprend qu'il vefquit à Rome 41. an, &c qu'il y apprit par cœur l'illiade d'Ho- mère, fans toutesfois qu'il apparoifte claire- ment (bus quels maiftres : quoy que dans la première Epiftre du fécond liure à Augufte , il tefmoigne qu'en fa ieuneftè les vers de Lucius SôMefimd* Andronicus le premier des Poètes Latins, luy ai*t**fi** ftireat di&ezpar le Grammairien Orbilius de Beneuent qu'il appelle en quelque, lieu outra- veux Çorrettcur. Get Orbilius vint à Rome fous

L a v i e d'Hora c e. le Cphfulac de Ciceron, comme Suetonc l'a re- marqué en fa vie. Et Horace ayant en peu de temps beaucoup profité dans les lettres, car toutes chofeseftoient faciles à la beauté de foa efprit, s'en alla de Home à Athènes pour cou-, uerfer familièrement auec les Philofophes Grecs , & fur tout auec ceux de la Secte d'E- picurc , comme il fcmble le tefmoigner luy- incline par ces vers de raillerie.

Tu me verrat poly en bon point & fans cure Jgnfftd tu m'appellera* vn pourceau d'Epi* cure. De , il fe laiflk entraîner par l'orage des guer- res Ciuiles>qiii luy firent choifir le parti de Brunis & de Caffius, félon le tefmoignage de diuers Autheinrs, & entre autres de Sidonius Apollinaris qui parlant de lny dans vne Epiftre à Iulius Maiorianus a écrit ces vers.

De Brute & de Cajfie ayant porté les dars jijant de ees guerriers fatuités étendar De tes vers nompareils \ rare & diuin Horace y Celuj-ld cft Autheur qui le fut de ta grâce.

I) fe trouuaenla iournée des champs Philip- <+wfae. piens & eftoitalorsenla 2$. année de ion âge comme on le peut iuger de Tannée que mourut Brutus qui fut en cette mefme iournée que ic viens de dire fous le Confulat de Lepidus pour lafecondefois,&de Plancus, fe!on le tefmoi- gnage du 4.7. luire de 1 hiftoire de Dion: Se Horace mefme fe ibuuient de cette année là, quand il dit à la fin de l'Ode 14. du troifiefme liure.

La v i e V H o R A c f.

Car Reflets ïeune alors fom le Conful Tlanctu. îl eft croyable qu'il fut Tribun fous lauthorité deBrutus, puis que dans la 6. Satyre du i. Un. des difcôurs , il dit à Mecenas auoir exercé cet- tp charge.

E fiant alors Tribun d'vne bande Romaine. Mais par TEpiftre qu'il écrit à Iule Flore, il montre qu'après cette malheureufe guerre, il faillit à périr par la perte de la bataille, il s'a- donna auffi-toft à lapoefic, & dit en l'Ode 7. du fecondliure, qu'il perdit fon bouclier, 6c qu'il ne voulut plus retourner depuis à la guer- re. L'Autheur incertain de fe vie nous apprend qu'Augufte ayant fait Horace prifonnier de guerre, ne le conferuapas feulement à la re- commandation de Mecenas, mais qu'il le re- ccutenfonamitié.&luyfit part de fesfaueurs: Sa defa- Toutesfois Horace qui dit aflez clairement ttoudemi- qu'il fut dépouillé en cette guerre de tous (c% ****• biens paternels , n'y touche pas vn feul mot de la captiuité : ce qui iveft pas croyable qu'il euft voulu oublier , après auoir fi franchement auoiié toutes fes auantures qui luy pouuoient donner fujet de reconnoiflance aux biensfaits d'Augufte &c de Mecenas : ayant d'ailleurs ra- porté enlamefmeOde, &enla4.. duj. liure, de quelle façon il échappa la mort, comme il perdition bouclier ,& comme il fut fauué de la bataille. C'eft auffi en ce mefme endroit, il parle du danger de fon naufrage , auprès du Cap de Palinure fur les coftes de Lucanie , Se <lu péril qu'il courut auprès de fa métairie, quand vn arbre qui tomba fur luy , faillit à le

La vie d' Horace. tuer, dont il s'eft encore fouuenu dans les Odes 15. & 17. du fécond liure, & dans la $. du 3. liuie. Sô* ami- XI ne fc vante point de l'amitié d'Augufte, *" **** parce que cela euft efté inciuil \ & au lieu de l'é- <*HUJ e' Jeuer par des louanges indignes, afin qu'il n'y paruft point d'affe£tation,ilchcrchoit occafio d'en parler auec tous les ornemens de fon élo- quence, en nefaifantfcmblant que de les tou- cher légèrement, comme dans les Odes 1.11. 8c 37. du 1. liure : dans la 7, du 2. & dans les 5. 4. 5. & 11. du 3. SC autre part. Mais très diferte- ment & magnifiquement au 4. liure, que Sué- tone, Se les autres qui ont écrit de luy, ont cftirnéauoir efté formé par le commandement de l'Empereur, pour célébrer lcsloiianges de Tibère &dc Drufus fes beaux fils , lefquelles le Poète orna pourtant de telle façon qu'Au- gufte en remportait toute la gloire', ce. qui fe connoift aifement par les Odes 4. & 14. mais dans l'Ode 2. de cemefme liure , il tombe par vne occafion merueiileufe aux louanges de ce Prince , qu'il exprime plus ouuertement dans les cinquiefme & dernière ,& dans le poefme du (iecle, à quoy appartient auflî la 9. Epodc. Etcertes,cefçauant & excellent Poète abien deuint , que (es écrits viuroient long-ternes après luy: car on peut dire que corne Varius, à qui Horace donne la palme dans le genre Epi- * P***tO que , * fut effacé par Virgile, que noftre Pointe l fis*]* 2Lll0lt accoutumé de loiier auec luy; Ainfî le reiodfi Aan^beau de la Mufe Venufienne a offufqué 1. /. toutes les autres lumières de la po'éfie Lyrique.

La vis d'Hôïiacï. , Encore qu'il die peu de chofe d'Augufte // *Qn** dans les deux liurcsdesdifcours; fi eft-ce qu'il d*siT*nC en parle dans la 5. Satyre du fécond liurc au 61. '- vers,& dans la 18. Epiftre. Mais dans la pre- mière Epiftre du fécond liure, que Suétone •appelle Egl ortie) comme Porphirion & Acron donnét le mefmc nom d'Eglogttes aux Satyres, il rend tant d'honneurs à Auguftç, qu'on n*jr peut rien âdioufter. Auflî ne peut on douter qu'il n'en ait receu beaucoup de marques de fa libéralité, dont il ne parle point toutesfois, parce que c'eftoit le moindre fujet qu'il puft auoir , pour donner des louanges à l'Empereur de rVniuers. Mais cecy luy fçmbloit digne d'Augufte, de le rcprefehter plus grand que l'enuie, & d'eftre receu par fes mérites % au rang des Dieux de la patrie encore qu'il ftift vi~ liant, après auoir échappé les périls d'vnefu- neufe guerre, outre qu'il le nomme Père des villes , Dompteur des vices, Reftaurateurdes bonnes couftumes, & l'Authcur Se le Prote- cteur des loix falutaires pour le bien public, comme il fe voit dans l'Ode 24. du $. liure; dans la dernière du quatriefme ,& dans la première Epiftre du fécond liurc.

Pour le fujet de la libéralité de Mecenas qui S** "**~ luy fit part des biens de la grande fortune ) t,e *"ec ks mérites l'auoicnc éleué pluftoft que & MîC€nm% y condition qûoy qu'elle fuft illuftre > nous voyons par les vers d'Horace , comme il fut receu en fbn amitié, il alloue franchement en la fixielmc Satyre du premier luire des difeours. Se en la G. da fécond liure > qu'il efl

La vie d'Horace^

rcdeuablc de beaucoup de biens à la libéralité de Mcccnas, dont il vit content, & qu'il ne tient qu'à luy d'en reccuoir dauantaçe de (es faueurs s'il vouloit , mais qu'il en a ifuffifam- ment, d'où vient qu'il dit en la i. Epodc. Tes bien s- fait s , ttlujlre Mécène , M'ont fiffifimment enrichi. Et dans l'Ode 8. du fécond liure.

TV; du puijfant arny^ te ne veux plus de biens le fuis djfcz, content de ma terre Sabine. Et dans l'Ode \6 du troifiefme liure.

La pauurete pourtant > ne mefl point impor- tune ïaj ajfez, , puisque tay ce qui me fait befoin, Et bornant mes defirs a ma douce fortune y feftevs mon domaine plus loin. Outre ce qui fe trouue furcemefme fujet dans la 7. Epiftres il loue Mecenas auec beaucoup de refïèntimens de facourtoifie, Se célèbre (es vertus, qui pouuant conter desRoysde Tof- cane dans (a race, fc contenta neantmoins de la fimple qualité de Cheualier Romain ,fauo- rifa de tout fon pouuoir les gens de lettres de Ton temps , & rendit aux Mules , tous les hon- neurs imaginables. C'eft pourquoy le Poète en la 6. Satyre du premier liure des difeours, & dans les Odesi. Se 16. du premier liure des vers, dans les 16. & 29. du troifiefme liure, & dans la première Epodc , il l'appelle^ fecours, fa douce gloire , fon appuy , ér la moitié de fon ame, fans lequel il ne pourroit acbeuer fa vie, au auec beaucoup de peine. - Il veut honorer le iour de la naiflance de

La vie d'Horace, Mecenas comme vn iour de feftc, parmi les fa- crifices , & parmi la réjouy (Tance desfeftins : 8c quoy qu'il (bit Fort concis en toutes fes paro- les, lï eft-cc qu'il eft plus étendu qite fon pro- pre Virgile , pour en faire les éloges, d'où il cft facile de iuger que ceux-là fe moquent de gayeté de coeur, qui s'imaginent que fous nom de MMtitrtu, Horace a voulu reprendre Mecenas, àcatifcdcfa molleflc, &quifeper- fuadent que fous le nom de Ljcymnie , il a vou- lu louer agréablement fa femme, dont ilapar- dans la i. Satyre, du premier liurc des dif- cours, & dans l'Ode il. du fécond liurc des vers.

11 a donc vefeuauee Mecenas plufieurs an- nées dans la dernière familiarité : ce qui paroift en diuers endroits de Ces ouurages, & fur tout en ces vers.

Lan fcpùefme s enfuit , & le hniBiefme ap- proche

Depuis cjue Mecenas me conte entre les Jiens. Car certainement Mecetlas auoit accoutumé de fe diuertir familièrement auec Horaee , & fe cônfioit à luy de fes plus grands fecrets.

Horace aubit vn petit domaine & vue me- S**J*m4s« tairie dans le territoire des Sabins, dontilfait ntt vne agréable defeription à Quintus dans la 16. Epiftre. Au refte il fe Voit aflèz par torts fes écrits , & particulièrement par la féconde Sa- tyre du fécond liure desdifeours, &par ladi- xiefme Epiftre à Ariftius Fufcus , afin de ne parcourir par tout le refte, comme ilferetiroit volontiers des bruits de la ville , pour faiure

La vie ii'Ho race. les inclinations qu'il auoit à la folitudc: Se corn* rnc il vefquit de telle forte aux champs qu'il s'eftimoii heureux de demeurer en fon villa- ge, où il menoitvn train de vie commode à vn Poète & à vn Philofophe, tant il doit propre pour la iouyflance des véritables délices, Ce mettant à couucrt de l'enuic, & des inquié- tudes importunes. Ç'c& pourqtroy i'eftime qu'il mena vne vie libre, & exempte de toute charge publique , depuis que par les biens-faits deMecenas&d'Augufte, il eut dequoy fuffirc pour palier fa vie dans vne honnefte médiocri- té ce que luy-meftne dans la féconde Epiftre de fon fecondliureaditauji. vers.

£)uil a ce qui fujft four vinre doucement. Qu'il»* Ceux qui ont ôppinion qu'il exerça l'Office fQint ejîê je Notaire ou de Secrétaire, ne s'authori- fent pas ce me fembk fur vne aflez forte con- ie£fcurc par ces vers de la 6. Satyre du fécond liùre.

Touchant le bien commun , Jguintc , les Se- crétaires Demandent ton retour pour les grandes af- faires. Carilpouuoit yauoir des affaires concernant le public qui n'efloient pas du fait d'Horace* comme celles qui donnoient des employs plus particuliers auprès des Dieux , tels que Mccc- nas, Agrippa, & Auguftc mefme: car Suéto- ne a obferué que l'Empereur fe voulut feruir d'Horace pour écrire des lettres, & qu'il ne le put obtenir. Iclaiflcà penfer s'il ne voulut pas cftre Secrétaire d'A ugultc > & qu'il le vou- lût

Secreuire.

La vie d Horace' lut bien eftre des autres ? mais quand il nous apprend luy-mefine , qu'il na pas le loifir de faire des vers , il n'allègue aucun empefehe- inent de charge publique , comme il fe voit en la féconde Epiftre du fécond liure au 65. vers: & ie trouue par Ces écrits , que le tempe qui îuy pouiioit refter des (oins qu'il deuoit à Ces amis, & fur tout à Annuité Se à Mecenas qui ne fe priuoit pas volontiers * de la compagnie, &?lit>7> il l'employoït à la po'éfie, & à l'eftude de la * Phiiofophie.

C'elt auilî vn grand témoignage de fon fça*- £*&*& uoir , tte de toutes Ces belles qualitez , qu'il euft l'eftime Se la familiarité de ceux de fon fiecle, qui eftôient les plus recommandables,en ri- che(Te> , en doctrine , en vertu, 8>c en auto- rité. Auffiécriuoit-il familièrement à Marcus Vipfanius Agrippa, témoin l'Ode 6. dm. liu. & fut fi chéri de Claude beau fils d'Augufte, qu'il auoit affez de crédit fur fon efprit, pour luy fane des recommendàtions agréables pour les autres, comme il Ce peut voir parla 9. Epi- ftre dui. liure. Que diray je de Iule Anchoi- ne fils du Triiimuir , d'Afinius Pollio , de Va* i:ius, de Meffala,de Iule Flore, de>Torquar, de Maximus, cle LolliusD d'^lius , & des autres perfbnnages principaux de l'Empire, auec lef» quels il eftoit tres-familier, comme nous la- prenons de fes vers? Mais de qui pouuoit-il chérir dauantage l'aminé que de Virgile , qu'il appelle la moitié de fon ame? Auffi fut-ce par fon moyen , & par l'amitié que Va'rius luy por- toit, quil fut admis aux fronnes grâces de Me- f

La va d'Horace. cenas. Ocft paurquoy dans la 5. Satyre du premier liure des dilcours , il appelle Vanus Se Virgile ,

Homme s pleine de candeur, & qut far les biens

faits , Obligent qtïon les aimt. Il eut beaucoup d'eftime pour Valgiusqui fut vu Pocte célèbre de Ton temps, te (moin l'Ode 5). du fécond liure, & Tibule qui en la pre- mière elegie de fon 4. liure , du qu'il n'y en a point eu qui ait approché Homère défi près queValgius. Oniuge auflî que Tibule luy fut amy, parla confolation qu'il luy écrit en l'O- de 3$. du 1. liure des vers, & par la 4. Epiftrc, dans laquelle , il luy parle comme a vn homme riche & puiflanc , & comme à vn iuge fincerc de fes Satyres, ou difeours, qu'il eft certain qu'Horace auoit eompofez eftaat dés- ja auancé fur l'âge.

Ouide parle de luy aucc honneur , & l'ap- pelle nombreux , difant,^»'*/ arrtfte les oreilles des fçauans : mais Horace ne dit pas vn feul mot d'Ouide, non plus que de Ciceron qui eftoient de fon temps , dont ie me fuis fouucnc étonné : & n'en puis deuiner la caufe , fi ce n'eft qu'il ait eu peur de déplaire à Augufte qui pen- foit auoir fujet de ne les pas aimer. Mais il y a vn dénombrement d'autres perfonnages célè- bres de fon temps à la fin de la 10. Satyre, des- quels il fouhaite l'eftime > & l'approbation pour fes eferits. UnApint II n'y a pas grande apparence qu'Horace aie ffim*rjè. jamais çflté WAfié , puis que da^s toute* fes

La vie d'HorAcje.

Odes, & Epiftres & dans ks Difcours, il parle de tant de chofes diueriès , il ne dit pas vn mot de fa femme , ny de (a famille , Sa dit exprelfcment à Mecenas dans TOde 8. du ?. liure, qu'il célèbre le iour des Calendes de Mars , encore qu'il ne foit pas marié.

En plufieurs endroits s il nous apprend qu'il s* mcd*~ a mené vne vie douce ,& quil eltoit content de fa condition, en louant le repos, le repas, lajietteté de la table, ■& le bon vin auec (es amis , mefprifant le luxe & les trop grandes richefles, comme dans les 10, 14.15.&: 18. Epi- lires, dans les Odes 1. &i£. du premier liure des vers 5 & dans les fïxiefmes Satyres du p ré- silier & du fécond liure s des difcours.

De cequ'il a eferit à Tabule qu'ileft vnpottr-S* taifo* ttiu d'Epiante , quelques vns infèrent qu'il ciloit gras: mais il dit en la ro.Epiftre quil #Hott le corps menu : De forte que nous pour- rions eftimer qu'il n'aurait dit le premier que par raillerie ,^i Suétone ne Fanoit pris ferieu- ïement , earplicant ce qui eft en la 20. Epiftre de fa taille qui eftoit petite.

Il raporte luy-mefme en la cinquiefmc Saty- re dm.liu*re -qu'il efto-it'fuj et à vne de-fluxion fur les yeux, &c qu il fe feruoit de Collyres. Et dans la première Epiftre du 1. liure, il dit quil cft oit on fort n en l'Âge de 44. ans.

On n'eft point en peine du temps qu'il a vef- Son âgt & eu: car Eufebe a remarqué dans fes Chroni-/* mot*. ques qu'ilmourut en la trente-quatrieime an- née de l'Empereur Augufte ag-éde jy.ans, ce que Suétone confirme clairement , quand, il

1 *j

La vie d*Ho RAdi! dit, qu'il mourut fous le Confulat dcC.Mar-* cius l enlorinus , & de Caius Afinius Gal- lus qui fut l'an 747. de la fondation de la ville, qui eft iuftement le nombre qui fe trou* liera, fi on adioufte fjt années à celle de la naifc fance d'Horace dont il a efté parlé cy-deflus. De forte que l'oppimon d'Acron, n'eft point diferente de la noftre : mais les lxxvii. an- nées qui fe lifent dans fon commentaire an lieu de lvii. ont etté mal écrites , Se ce que le do&e Iefuite Denys Petau a mis dans fa C hronologie , à la fin de fon Liure de la do&rine des temps, parlant d'Horace, quoy quil ne foit pas fujet à fe tromper , femblc neantmoins s'eftre doublement trompé en ce (ujet. iom le 1 onfulat de Paulm Fabius JMaxtmw , & de ^j^£ltiu Tubero, dit il, qui eft l'an 74. de la tondation de Rome , Poète Horace mourut d Rome Agé de cinquan- te ms car cela contrarie & à Fauthohté d'Eufebe , & à celle d'Horace mefme , qui dit cflre fous le Confulat de Torquatus , qui cftoit Tan 68c;. de la fondation de Rome. Or de cette année miques à fan 743. il y a feloa luy melme 54. ans, ce qui me donne oppinion que cet Authcur affez confiderable par tous les beaux & grandsouurages qu'ila donnez au public, fe poinroit bien eftre mefpns quand il a écrit cjh Horace mourut dgc àe cinquante ahSy ou il faudioit quil euft efté perfuads de fuiuie dans (a Chronologie pour ce re- gard d autres iondemens que ceux que fay liai-

UlSr

La vie d'Horaci.1 îlnefctrouue rien du genre de la mort, &r nous pouuons croire qu elle fut naturelle Se commune, toutesfois elle arrmafous le Con- fûlat de C enforinus & de Gallus , comme il eft croyable > il y a cela de particulier que ce fut en la mefme année que mourut Mecenas au raportde Dion,en laquelle le Calendrier ayant cfté reformé par lauthorité d'Auguflfe, cet Empereur donna fon nom au fixiefme mois que nous appelions le mois dAoufi.

Il ne fe promet pas feulement d'vne façon SsfUà.f. poétique vne durée & vne gloire immortelle pour l'excellence de fes versdansrOde5o. du troificfme liure : mais dans l'Ode 4 du mefme liure , il dit qu'il aefté chéri des Mufes dés fon enfance ,& dans l'Ode 20. du fécond liure, il (c vante qu'il fera changé en cigne pour vo- ler par tout l'vniuers > & qui! deuiendra im- mortel.

Au refteie m'eftonne qu'on fe mette en pex- L* Sf^* ne de rechercher de quelle Seéfce de Philofo- *£?■ doz phes il eftoit , puis qu'il parle ainfi luy-mefme rm€* de fon indiference pour ce regard dans fa pre- mière Epiftrc à Mecenas.

fentens a mon oreille , vne voix bourdonner Qui me dit tous les tours > qu'il eft temps de

donner Repos au vieux cheual , de peur que fans re-

fourfe ¥otoj]if il ne demeure > au milieu de la courjè, Il eft vray > tay quitte , comme luy tom ces

ieux le eherche maintenant d'vn dejfein courageux

ï iij

La vie d'Horace,

Ce qui efi plus feant à des gens de ma forte Et qui pltu de plaifir ^ & de repos aporte. Vert fais proutfwn y pour m en feruir après , Non pis que i'aje vn Maifire on vn Autheur

exprès G)ue te ni oblige à future : mais defftu la le-

Bure le façonne mes mœurs 3 fans forcer ma na- ture. Tantofl te me roidis fur t antique vertu Xante fi , ie marche au train quAriJltppe A

battu. Libre félon le temps , de tous foins ie préfère Le foin de mon efiude , Otuant tout autre af

faire. Comme la nuift efi longue a celuy qui atent Son hofieffe au logis , qui le trompe pourtant, Vjltftcit Quelques-vns neantmoins ont eftiméqu'Ho- ^chademi- race eftoit Achademicienjfur ce qu'il a dit luy- &*f niefme en la féconde Epiftredu fécond linre,

Ghte Ion bonnes Achademies Athènes , luy dan~ lièrent vn peu p'us de feience , que la ville de Rome , pour 'le rendre capable de connoifire le bien dïauec le mal y & pour chercher le vray parmi les bou des Achademiciens ; mais que la rt- Sùl eflott gneur